Le tympan de l' église Saint Rémi de Baâlons

Le Tympan de l' église de Baâlons est méconnu des historiens d' art et pourtant il s' agit d' une oeuvre exceptionnelle . Si la plus ancienne trace écrite de l' existence du village et de l' église remonte au XIe s , des découvertes fortuites à travers les âges et un chantier de fouille en 1982 ont attesté d' une présence humaine sur le site à l' époque gauloise et gallo-romaine . Située en terre mérovingienne puis carolingienne ( Charlemagne avait un palais à Attigny ) , l' église actuelle est bien romane si l' on considère la période de référence pour ce style architectural ( 950-1150) mais l' on peut supposer qu' elle succède à un édifice antérieur ...

 

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Ce qui frappe en premier le visiteur c' est le mélange de pierres utilisées . Baâlons comme les communes aux alentours se trouve sur des terrains jurassiques . Le sous-sol calcaire par endroit exploitable , a permis d' extraire localement un calcaire silicieux dur et à proximité ( Louvergny ou Mazerny ) un calcaire blanc du plus bel effet .

 

Pourquoi donc n'avoir pas utilisé un seul type de pierre ?

 

Mettons tout de suite de côté un parti pris esthétique : les pierres blanches ne forment aucun motif et leur répartition semble anarchique . Pourtant à y regarder de plus près on peut constater que la plus grande partie d' entre - elles se trouvent en partie basse ... Plus intéressant encore , ces moellons sont appareillés de manière continue sur le côté gauche du portail d' entrée . On peut en conclure que les pierres en calcaire blanc proviennent d' un premier édifice , beaucoup plus modeste si l' on considère la proportion de pierres de cette teinte . Reste à déterminer sa date d' édification . Pour cela il faut s' intéresser en premier lieu au tympan du portail . 

 

Mystérieux au premier abord , il a suscité bien des interrogations .

 

Trois personnages nous font face . Au centre , un homme revêtu d'un long habit tient un livre de la main gauche et une crosse ( attribut religieux dont l' usage est mentionné dès le 5e s ) de la main droite . Cet ecclésiastique de haut rang pourrait être un abbé mitré ( car la crosse est tournée vers lui ) ou un évêque , hypothèse plus plausible . Un détail cependant attire l' attention , l' homme est pied nu ... Des anges ou plutôt des archanges ( ils sont armés ) l 'entourent . Depuis le concile de Rome en 745 , confirmé par celui d' Aix la Chapelle en 789 , l' Eglise n' en reconnaît plus que trois : Gabriel , Raphaël et Michel .

 

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La scène représente très vraisemblablement la montée au ciel de Saint-Rémi  ( 437-530 ) , évêque de Reims qui baptisa Clovis , le roi de Francs en 486 après J-C .

 

Grégoire de Tours au 6e s , dans son Histoire des Francs avait fait connaître l' évêque , lui prêtant à l' adresse de Clovis le fameux : '' Courbe doucement la tête ... adore ce que tu as brûlé , brûle ce que tu as adoré ... '' . Au 9e s Hincmar , évêque de Reims , proche de Charles II le Chauve ( l' un des quatre petits-fils de Charlemagne ) va se servir de l' image de Rémi  pour asseoir et renforcer le pouvoir du prélat de Reims , afin qu' il soit seul abilité à remettre la couronne royale . Vers 870, Hincmar écrit '' Vita Sancti Remiggi '' . L' ouvrage qui relate la vie de Saint Rémi et recense ses miracles comprend également son testament dans lequel on trouve une référence à sa crosse d' évêque '' Argenta Cambutta ''. L' Evêque qui a sacré le roi ne s' arrête pas là , il encourage le culte des reliques du Saint qui a désormais sa fête au calendrier grégorien le 13 janvier ( de nos jours le 15 ) . Enfin il veille à ce que l' on conserve une trace iconographique de la vie de Rémi comme le prouve , la magnifique plaque de reliure en ivoire conservée au Musée de Picardie à Amiens et datée du 9e s . Une centaine d' années plus tard Flodoard ( 894-966 )  à qui l' on doit l' anecdote du Vase de Soissons écrit son '' Histoire de l' Eglise de Reims '' (958) . Il y donne des détails inédits sur la fin de vie du Saint , ses miracles post-mortem et une version augmentée de son testament . Sous sa plume on peut lire : '' Il visitait avec sa sollicitude paternelle toutes les paroisses de son diocèse '' et aussi '' Une femme de Château-Porcien nommée Rotgas , depuis longtemps privée de l' usage de ses jambes , recouvra tout à coup la santé , tellement que venue en chariot , elle s' en alla de son pied chez elle .''

 

Comme on peut s' en rendre compte , tout est réuni pour que l' on consacre dès le 10e s , une église à Saint Rémi d' autant que le testament de l' évêque livre des détails très intéressants .

 

A sa mort l' apôtre des Francs ( titre honorifique post-mortem accordé par Hincmar dès 852 ) lègue les terres qu' il possède dans les Ardennes à l' Eglise de Reims . '' Portensi habeo territorio '' , les terres que j' ai dans le Porcien dont celles de '' Balatonium '' qui d' après l' abbé Bouché ( en 1861 ) signifierait ... Baâlons !

 

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Mais revenons à l' église . La facture du tympan , traité en méplat ( faible relief ) est très rare et n' a pas d' équivalent que nous sachions en France hormis peut-être la croix de Corseul de même que celle de l' église de Malmy (08). Il correspondrait à la fin de la période pré-romane comme les autres motifs , des rosaces , semblables à celles de l' église de Romainmôtier et datées du 8e siècle . Dès lors on peut raisonnablement imaginer un réemploi . L' édifice précédent devait ressembler à une chapelle à nef unique et à voûte charpentée . Détruit au moment des invasions normandes ( en 881 , Reims est aux mains des Vikings ) , le bâtiment construit vraisemblablement au 9e siècle est probablement rebati à la fin du 10e sur le modèle des premières églises romanes à tour - porche , (contemporaines des premiers châteaux en pierre) comme celle du château de Sedan vers 1050 .

 

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Il est temps de faire parler le tympan de l' église de Baâlons et pour cela rendez-vous le 13 ou le 15 janvier devant le portail occidental de l' édifice . A midi précis , jour de la fête du Saint , le soleil viendra peut-être illuminer le visage de Rémi ! L'ange de droite , descendu sur terre ( ailes vers le sol ) , esquissera le signe de croix , rappelé initialement par 3 disques floraux ( 2 subsistent ) et l' âme de Rémi montera au paradis accompagné par l' ange de gauche ( ailes vers le ciel ) emportant avec lui son testament spirituel .

 

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